La cigarette traditionnelle perd du terrain en Europe
Le paysage du tabac et de la nicotine évolue rapidement dans l'Union européenne.
Les dernières données européennes montrent une baisse progressive du tabagisme traditionnel. En 2012, environ 28 % des Européens fumaient, contre 24 % en 2023.
La diminution est encore plus nette chez les 15-24 ans : la proportion de fumeurs est passée de 29 % à 22 % sur la même période.
Cette tendance pourrait donner l'impression que l'Europe se rapproche rapidement de son objectif d'une « génération sans tabac ». La réalité est cependant plus complexe.
En 2025, plus de 16 % des Européens consomment quotidiennement
Les données Eurostat portant sur 2025 permettent d'observer la consommation quotidienne de tabac et de produits associés, catégorie qui comprend notamment les cigarettes électroniques et certains nouveaux produits nicotinés.
Environ une personne sur six âgée de 16 ans ou plus dans l'Union européenne en consommait quotidiennement.
Les hommes restent davantage concernés : 20,8 % déclaraient une consommation quotidienne contre 12,6 % des femmes. Ces chiffres étaient respectivement de 22,2 % et 13,1 % en 2022.
La tendance générale est donc orientée à la baisse, mais les produits consommés évoluent.
Attention : ces chiffres ne représentent pas uniquement les fumeurs
Cette distinction est essentielle.
Les statistiques de 2025 regroupent plusieurs catégories de produits. Elles ne signifient donc pas que plus de 16 % des Européens fument quotidiennement des cigarettes.
C'est d'ailleurs l'une des évolutions majeures du marché : la cigarette combustible recule tandis que les modes de consommation se diversifient.
La Commission européenne constate une forte progression des cigarettes électroniques et du tabac chauffé depuis plusieurs années, particulièrement chez les populations les plus jeunes.
La cigarette électronique s’est installée durablement
En 2012, la vape était encore relativement marginale en Europe. Seuls 7 % des Européens avaient alors essayé une cigarette électronique et une partie importante de la population connaissait encore mal ces produits.
La situation a considérablement changé.
Les cigarettes électroniques et le tabac chauffé ont connu une forte progression depuis 2019 et occupent désormais une place significative dans le paysage européen de la nicotine.
Le marché européen de la cigarette électronique serait ainsi passé d'environ 2,9 milliards d'euros en 2020 à près de 5 milliards en 2023.
Environ 3 % des Européens utilisaient régulièrement une cigarette électronique, avec d'importantes différences selon les États membres.
Les différences entre pays restent considérables
L'Europe est loin de constituer un marché homogène.
Les dernières données sur la consommation quotidienne de tabac et de produits apparentés montrent des écarts très importants.
La Bulgarie arrive en tête avec 26,3 %, devant la Suède avec 23,9 % et la Croatie avec 23,6 %.
À l'autre extrémité du classement, les Pays-Bas affichent 9,9 %, devant l'Irlande à 11,7 %, la Belgique à 13,6 % et le Luxembourg à 13,8 %.
Ces statistiques doivent toutefois être interprétées avec prudence puisqu'elles additionnent plusieurs types de produits.
La France reste au-dessus de la moyenne européenne pour le tabagisme
Les données européennes disponibles sur le tabagisme traditionnel placent la France parmi les pays où la proportion de fumeurs reste relativement élevée.
En 2023, 27 % des Français se déclaraient fumeurs actifs, contre une moyenne de 24 % dans l'UE.
La Suède se situait à seulement 8 %, les Pays-Bas à 11 % et le Danemark à 14 %. À l'inverse, la Bulgarie atteignait 37 % et la Grèce 36 %.
Cela montre également les limites d'une comparaison directe entre les statistiques portant uniquement sur le tabac et celles intégrant vape et autres produits nicotinés.
Les 35-49 ans sont les plus concernés
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, les plus jeunes ne constituent pas la tranche d'âge affichant la consommation quotidienne globale la plus élevée.
En 2025, les 35-49 ans atteignaient 21,3 %.
Ils étaient suivis par :
- les 25-34 ans : 19,9 % ;
- les 50-64 ans : 19,8 %.
Les nouvelles formes de consommation sont néanmoins particulièrement surveillées chez les adolescents et les jeunes adultes.
Le paradoxe suédois
La Suède illustre particulièrement bien la nécessité de distinguer cigarette et nicotine.
Elle affichait en 2023 le plus faible taux de fumeurs de l'Union européenne, avec seulement 8 %, mais apparaît beaucoup plus haut lorsque les statistiques englobent d'autres produits du tabac et de la nicotine.
Cette différence s'explique notamment par des modes de consommation alternatifs à la cigarette beaucoup plus présents dans le pays.
Comparer uniquement la consommation globale de nicotine peut donc masquer une évolution fondamentale : tous les produits n'impliquent pas la combustion du tabac.
L’Europe vise moins de 5 % de consommateurs de tabac en 2040
Dans le cadre de son plan européen de lutte contre le cancer, l'Union européenne ambitionne d'atteindre une génération sans tabac d'ici 2040, avec moins de 5 % de la population consommant du tabac.
La baisse de la cigarette observée depuis 2012 va dans cette direction.
Mais Bruxelles fait désormais face à une nouvelle problématique : parallèlement au recul du tabagisme traditionnel, la cigarette électronique, le tabac chauffé et les sachets de nicotine ont créé un marché beaucoup plus diversifié.
C'est précisément cette évolution qui explique une grande partie des débats actuels autour de la réglementation et de la fiscalité européenne.
Vape et cigarette : ne pas confondre les tendances
Les données européennes permettent surtout de mettre en évidence deux phénomènes simultanés.
D'un côté, le tabagisme traditionnel diminue : la proportion de fumeurs européens est passée de 28 % à 24 % entre 2012 et 2023.
De l'autre, les cigarettes électroniques et les nouveaux produits nicotinés progressent, particulièrement depuis 2019.
Il serait donc réducteur de conclure simplement que « les Européens fument moins ».
Ils fument effectivement moins de cigarettes traditionnelles, mais leur manière de consommer de la nicotine est également en pleine transformation.
Ce qu’il faut retenir
Le marché européen connaît une transition importante.
La cigarette combustible recule progressivement, notamment chez les jeunes, tandis que la vape et les nouvelles catégories de produits prennent davantage de place.
En parallèle, 24 % des Européens étaient encore fumeurs en 2023, ce qui reste très éloigné de l'objectif européen fixé pour 2040.
La prochaine décennie devrait donc être marquée par une question centrale : l'Europe choisira-t-elle de distinguer davantage les différents produits selon leur profil de risque, ou cherchera-t-elle à réduire simultanément l'ensemble des formes de consommation de nicotine ?