Autisme : un extrait de cannabis testé contre placebo

Autisme : un extrait de cannabis testé contre placebo

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Un essai clinique qui apporte de nouvelles données

Les cannabinoïdes sont étudiés depuis plusieurs années dans l'autisme, mais les données cliniques restent limitées et parfois difficiles à interpréter.

Une nouvelle étude australienne, baptisée Harmony, apporte des éléments supplémentaires grâce à une méthodologie particulièrement intéressante : un essai de phase II/III randomisé, en double aveugle et contrôlé contre placebo.

Les résultats ont été publiés en août 2026 dans la revue scientifique Neurotherapeutics.

L'étude ne démontre pas que le cannabis « soigne l'autisme ». Elle évalue un extrait pharmaceutique précis et cherche à déterminer s'il peut agir sur certains symptômes et difficultés associés au trouble du spectre de l'autisme (TSA).

61 jeunes participants

L'essai a recruté 61 enfants et adolescents présentant un TSA de niveau II ou III, correspondant à des besoins de soutien importants.

Au total, 54 participants ont terminé la phase randomisée en double aveugle : 26 ont reçu le produit étudié et 28 un placebo.

Le traitement a été administré pendant huit semaines, avec une augmentation progressive de la dose pouvant atteindre 20 mg/kg/jour.

Ni les participants et leurs familles, ni les professionnels chargés de leur évaluation ne savaient qui recevait le produit actif.

Cette méthodologie permet de limiter l'influence des attentes des familles et des chercheurs sur les résultats.

Qu'est-ce que le NTI164 ?

Le produit étudié porte le nom de NTI164.

Il ne s'agit pas d'une huile de CBD classique disponible dans le commerce, mais d'un extrait de cannabis médicinal standardisé contenant plusieurs cannabinoïdes.

Sa composition comprend notamment du cannabidiol (CBD), de la cannabidivarine (CBDV) ainsi que d'autres composés de la plante.

Sa concentration en THC reste inférieure à 0,3 %.

Cette distinction est essentielle : les résultats obtenus avec cette préparation ne peuvent pas être automatiquement extrapolés à n'importe quelle huile de CBD.

Une amélioration observée sur le critère principal

Les chercheurs ont notamment utilisé l'échelle Clinical Global Impression-Severity (CGI-S), qui permet aux cliniciens d'évaluer la sévérité globale de la situation clinique.

Après huit semaines, le groupe ayant reçu NTI164 présentait une amélioration significative de ce critère par rapport au placebo.

Les auteurs rapportent également des évolutions favorables sur plusieurs mesures secondaires portant notamment sur le fonctionnement adaptatif et certains aspects sociaux ou comportementaux.

Ces résultats constituent un signal clinique intéressant, mais ne suffisent pas à établir définitivement l'efficacité du traitement.

Pourquoi le placebo est particulièrement important

Les essais concernant l'autisme et les cannabinoïdes ont longtemps reposé sur des observations, des témoignages familiaux ou des études ouvertes.

Or, dans ce type de recherche, l'effet d'attente peut jouer un rôle important.

L'utilisation d'un placebo et du double aveugle permet de déterminer plus rigoureusement si les évolutions observées peuvent réellement être attribuées au produit étudié.

D'autres essais randomisés avaient déjà donné des résultats encourageants sur certains paramètres. Une étude portant sur 60 enfants de 5 à 11 ans avait notamment observé des différences significatives concernant l'interaction sociale, l'anxiété et l'agitation psychomotrice avec un extrait riche en CBD.

Les résultats de la littérature restent toutefois hétérogènes : un autre essai contrôlé portant sur 150 jeunes n'avait, par exemple, pas démontré de supériorité des cannabinoïdes sur le placebo concernant les paramètres du sommeil.

Des effets indésirables à surveiller

La tolérance constitue évidemment un point majeur lorsqu'une étude concerne des enfants et adolescents.

Dans Harmony, les événements indésirables rapportés durant la période étudiée ont été globalement décrits comme légers et transitoires, sans événement indésirable grave signalé pendant la phase randomisée.

Cela ne signifie pas pour autant que le traitement est dénué de risques.

Les cannabinoïdes sont des substances biologiquement actives susceptibles de provoquer des effets indésirables et des interactions médicamenteuses. Leur utilisation chez l'enfant nécessite donc un encadrement médical et pharmaceutique rigoureux.

Un résultat prometteur, mais un petit effectif

La principale limite de l'étude reste son ampleur.

Une cinquantaine de participants ayant terminé la phase contrôlée représente un effectif encore relativement faible pour tirer des conclusions applicables à l'ensemble des personnes autistes.

La durée de huit semaines est également trop courte pour déterminer l'efficacité et la tolérance à long terme.

Il faudra notamment savoir si les améliorations se maintiennent dans le temps et si elles sont retrouvées sur des populations plus importantes et diversifiées.

Un nouvel essai doit confirmer les résultats

Ces premiers résultats doivent donc être considérés comme une étape et non comme une conclusion définitive.

Des travaux complémentaires sont nécessaires pour confirmer l'ampleur réelle du bénéfice, identifier les profils susceptibles de répondre au traitement et mieux documenter sa sécurité à long terme.

C'est un point particulièrement important dans l'autisme, qui regroupe des profils extrêmement différents en matière de communication, de comportement, d'autonomie et de besoins d'accompagnement.

Pas question d’automédication avec du CBD

Cette étude ne constitue surtout pas une recommandation d'administrer une huile de CBD commerciale à un enfant autiste.

Le NTI164 est une préparation médicale standardisée étudiée dans le cadre d'un protocole clinique avec dosage progressif, surveillance et suivi médical.

Une huile vendue dans le commerce peut présenter une composition et une concentration totalement différentes.

Les résultats scientifiques concernant NTI164 ne peuvent donc pas être transposés directement aux produits CBD disponibles librement.

Une piste thérapeutique qui mérite d’être étudiée

L'intérêt de Harmony tient finalement autant à ses résultats qu'à sa méthodologie.

Des recherches antérieures avaient déjà suggéré un potentiel des cannabinoïdes sur certains symptômes associés au TSA. Un essai contrôlé de 2021 portant sur 150 participants âgés de 5 à 21 ans avait par exemple étudié un extrait de cannabis associant CBD et THC dans un ratio 20:1.

Les travaux récents permettent progressivement de passer des témoignages et études observationnelles à des essais contrôlés beaucoup plus rigoureux.

Ce qu’il faut retenir

L'essai Harmony apporte un signal positif en faveur du NTI164, un extrait de cannabis médicinal riche en cannabinoïdes et très pauvre en THC, chez des enfants et adolescents présentant un autisme modéré à sévère.

La méthodologie randomisée, contrôlée contre placebo et en double aveugle renforce l'intérêt scientifique de ces résultats.

Mais avec un effectif limité et seulement huit semaines de traitement contrôlé, il est encore beaucoup trop tôt pour parler de traitement établi de l'autisme par le cannabis ou le CBD.

La prochaine étape sera donc de reproduire ces résultats sur davantage de participants et sur une durée plus longue.

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