Le secteur du vapotage traverse une zone de turbulences. L’article 23 du projet de loi de finances 2026 fait craindre le pire : taxation des e-liquides, agrément obligatoire pour les boutiques et interdiction de la vente en ligne. Trois mesures qui, si elles se concrétisent, pourraient fragiliser toute une filière déjà bien installée — près de 20 000 emplois à l’échelle nationale.
Une profession qui tire la sonnette d’alarme
Face à ce qu’ils considèrent comme un coup dur, les professionnels de la vape se sont mobilisés le 5 novembre dernier, avec des rassemblements à Lille, Aix-en-Provence, Strasbourg et dans d’autres grandes villes. Leur message est clair : ces mesures seraient catastrophiques à la fois économiquement et sanitairement.
"Le climat dans la boîte est particulier"
Chez Le Vapoteur Discount, à Marseille, l’inquiétude est palpable. L’entreprise emploie une cinquantaine de personnes et envisageait encore récemment d’ouvrir de nouvelles boutiques. Mais selon son PDG, Morgan Viéville, la perspective d’une interdiction de la vente en ligne mettrait en péril la quasi-totalité de son activité :
“Le climat dans la boîte, en ce moment, il est particulier. Nos salariés sont inquiets. Ils nous demandent : Est-ce qu’on aura encore du travail l’année prochaine ? Si le web disparaît, c’est 80 % de nos emplois qui s’envolent. L’entreprise serait clairement en danger.”
Une mesure contre-productive pour l’État
Pour Alexandre Fouillet, associé de l’entreprise, cette orientation fiscale et réglementaire va à l’encontre des intérêts mêmes de l’État :
“Je pense sincèrement que cette loi a été votée par des gens qui n’ont pas compris que le secteur de la vape est un secteur 100 % français. En supprimant la vente en ligne, on supprime aussi une source importante de TVA. Ce serait une perte sèche pour les finances publiques.”
Le risque d’un marché parallèle et d’un retour au tabac
Moins de boutiques, plus de contraintes et des prix en hausse : le vendeur Rodolphe, installé à Marseille, redoute les effets pervers d’un tel encadrement.
“On va créer un marché parallèle sur lequel l’État n’aura aucun contrôle. Et certains clients, notamment dans les zones rurales, risquent tout simplement de revenir au tabac.”
Aujourd’hui, la vape représente 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel en France. Pour ses acteurs, elle a permis à des centaines de milliers de fumeurs de tourner la page du tabac. Mais à l’heure où le gouvernement semble vouloir la taxer comme un produit du tabac, beaucoup craignent que ce soit un pas en arrière, tant pour la santé publique que pour l’économie française.