La Grèce durcit son approche réglementaire du CBD. Les extraits à spectre complet se retrouvent au cœur des interrogations, avec des conséquences possibles pour les fabricants et les distributeurs européens.
La Grèce resserre son cadre autour du CBD
Le marché européen du cannabidiol continue d'évoluer dans un environnement réglementaire particulièrement fragmenté.
Alors que certains pays privilégient une approche relativement ouverte, d'autres adoptent des règles plus restrictives concernant la composition et la commercialisation des produits.
C'est notamment le cas de la Grèce, où l'encadrement du CBD soulève de nouvelles difficultés pour les acteurs de la filière.
Au centre des préoccupations figurent les extraits de chanvre à spectre complet, également appelés full spectrum.
Ces extraits conservent plusieurs composants naturellement présents dans la plante, contrairement aux isolats qui contiennent essentiellement du cannabidiol purifié.
Cette différence technique devient particulièrement importante lorsque la réglementation fixe des limites ou des conditions spécifiques concernant les cannabinoïdes.
Full spectrum, broad spectrum et isolat : quelles différences ?
Tous les produits au CBD ne possèdent pas la même composition.
Trois grandes catégories se distinguent sur le marché.
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Type d'extrait |
Composition |
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Full spectrum |
CBD et plusieurs autres composants du chanvre, avec éventuellement des traces de THC |
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Broad spectrum |
Plusieurs cannabinoïdes et composés végétaux, avec un THC généralement éliminé ou réduit à un niveau non détectable |
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Isolat de CBD |
CBD hautement purifié, sans les autres cannabinoïdes en quantité significative |
Les extraits à spectre complet sont souvent mis en avant pour leur composition plus proche de celle de la plante d'origine.
Cependant, leur complexité constitue également une difficulté réglementaire.
La présence de plusieurs cannabinoïdes, même en faibles quantités, peut entraîner des obligations différentes selon les pays et les catégories de produits.
Une circulaire du 15 septembre 2026 change la donne
La nouvelle orientation grecque repose sur une modification législative adoptée en juillet 2026, suivie d'une circulaire du ministère de la Santé datée du 15 septembre 2026.
Cette circulaire précise les modalités d'application des nouvelles dispositions et les catégories de produits pouvant être commercialisées.
Le changement est majeur : la réglementation ne s'appuie plus uniquement sur la concentration en THC.
Elle introduit également une distinction fondée sur la composition des produits, avec une catégorie réservée aux préparations contenant exclusivement du cannabidiol.
Selon cette interprétation, les extraits qui contiennent d'autres cannabinoïdes naturels ne peuvent plus bénéficier du même statut.
Cette évolution fragilise directement les huiles et préparations full spectrum et broad spectrum.
Pourquoi le seuil de 0,3 % de THC ne suffit plus
Jusqu'à présent, le taux de THC constituait un critère essentiel pour déterminer la conformité de nombreux produits issus du chanvre.
La limite de 0,3 % servait de référence importante dans le cadre grec.
Désormais, respecter ce seuil ne garantit plus nécessairement la commercialisation d'un extrait.
Un produit contenant seulement 0,1 % de THC pourrait ainsi être concerné par les restrictions si sa composition ne correspond pas aux catégories autorisées.
Plus surprenant encore, les extraits broad spectrum, généralement formulés pour éliminer le THC, pourraient eux aussi être exclus en raison de la présence d'autres cannabinoïdes.
La question ne se limite donc plus à la présence de THC : c'est la composition globale de l'extrait qui devient déterminante.
Les isolats de CBD pourraient devenir les principaux bénéficiaires
Avec cette nouvelle approche, les fabricants utilisant des isolats de cannabidiol pourraient disposer d'un avantage réglementaire.
L'isolat est une forme hautement purifiée de CBD, généralement obtenue après plusieurs étapes d'extraction et de raffinage.
Il permet de formuler des produits dont la composition est plus facilement contrôlable.
À l'inverse, les extraits full spectrum contiennent naturellement différents cannabinoïdes, notamment du CBG, du CBC ou du CBN, ainsi que d'autres composés végétaux.
Ces caractéristiques, souvent mises en avant commercialement, deviennent désormais une difficulté pour leur commercialisation en Grèce.
Il faut toutefois préciser que l'utilisation d'un isolat ne garantit pas automatiquement la légalité d'un produit. Sa catégorie, son usage et les autres réglementations applicables restent déterminants.
Des sanctions pouvant atteindre 100 000 euros
Les nouvelles dispositions s'accompagnent d'un dispositif de sanctions particulièrement dissuasif.
Selon les infractions retenues et les dispositions applicables, les professionnels pourraient être exposés à :
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Des amendes pouvant atteindre 100 000 euros.
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Un retrait de leur autorisation d'exploitation.
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Des sanctions pénales pouvant aller jusqu'à cinq années d'emprisonnement dans les cas les plus graves.
Ces sanctions ne sont pas automatiquement applicables à chaque produit contenant plusieurs cannabinoïdes. Leur mise en œuvre dépend du fondement juridique de l'infraction.
La circulaire ne prévoit pas expressément de période transitoire, ce qui accentue les difficultés pour les entreprises concernées.
Les fabricants grecs dénoncent un recul réglementaire
Les professionnels du chanvre s'inquiètent des conséquences économiques de cette nouvelle orientation.
Pour les entreprises ayant développé leurs gammes autour des extraits naturels, une modification aussi importante peut remettre en cause plusieurs années d'investissements.
Le fabricant grec Kannabio figure parmi les acteurs critiques de cette évolution.
Son dirigeant, Michalis Theodoropoulos, estime que la nouvelle réglementation constitue un recul majeur pour le marché légal du chanvre.
Les entreprises concernées pourraient devoir reformuler leurs produits, revoir leurs approvisionnements ou abandonner certaines références.
Au-delà des coûts directs, cette situation crée une incertitude importante pour les distributeurs et les investisseurs.
Une réglementation grecque qui interroge le droit européen
Cette évolution soulève également des questions concernant la libre circulation des marchandises au sein de l'Union européenne.
En novembre 2020, la Cour de justice de l'Union européenne avait notamment rappelé, dans l'affaire Kanavape, que le CBD ne pouvait pas être considéré automatiquement comme un stupéfiant et que les restrictions nationales devaient respecter certaines exigences de justification et de proportionnalité.
Cela ne signifie pas que tous les produits contenant du CBD peuvent être commercialisés librement dans l'ensemble de l'Union européenne.
Les États membres conservent des possibilités de réglementation, notamment pour protéger la santé publique.
Mais les restrictions doivent pouvoir être justifiées au regard du droit européen.
La compatibilité de la nouvelle approche grecque avec ces principes pourrait donc faire l'objet de contestations judiciaires.
À ce stade, aucune décision judiciaire définitive n'a invalidé les dispositions concernées.
Quelles conséquences pour le marché français du CBD ?
Pour les professionnels français, cette décision grecque n'entraîne aucune interdiction automatique des extraits full spectrum ou broad spectrum en France.
Chaque pays conserve son propre cadre réglementaire, dans les limites fixées par le droit européen.
En revanche, les fabricants français qui exportent leurs produits doivent être particulièrement attentifs aux règles applicables dans leurs pays de destination.
Une huile commercialisée en France peut ainsi rencontrer des difficultés réglementaires lorsqu'elle est distribuée sur un autre marché européen.
Cette situation complique les stratégies commerciales des marques présentes dans plusieurs pays.
Elle souligne également l'importance des analyses de laboratoire, de la traçabilité et de la connaissance précise de la composition des produits.
Le CBD européen face à une réglementation fragmentée
La Grèce n'est pas le seul pays à adopter une approche restrictive.
L'Italie, la Suède et plusieurs autres États européens appliquent également des règles spécifiques concernant les fleurs de chanvre, les extraits ou les produits contenant du THC.
Cette diversité réglementaire crée un marché particulièrement complexe.
Un fabricant peut devoir adapter ses formulations, ses étiquetages et ses circuits de distribution selon les pays.
La question du Novel Food, qui concerne notamment certains produits alimentaires contenant du CBD, ajoute une difficulté supplémentaire.
En l'absence d'un cadre européen pleinement harmonisé, les entreprises doivent composer avec plusieurs niveaux de réglementation.
Ce qu'il faut retenir
La Grèce franchit une nouvelle étape dans le durcissement de sa réglementation sur le CBD.
Depuis la circulaire du 15 septembre 2026, l'interprétation des autorités privilégie certaines catégories de produits contenant exclusivement du cannabidiol.
Les extraits full spectrum et broad spectrum se retrouvent ainsi fortement fragilisés, même lorsque leur teneur en THC reste inférieure à 0,3 %.
Les sanctions prévues par le dispositif législatif peuvent être importantes, tandis que sa compatibilité avec le droit européen pourrait être contestée.
Cette décision illustre une nouvelle fois les difficultés rencontrées par le marché du CBD pour évoluer dans un cadre réglementaire cohérent à l'échelle européenne.