« Hier, j’ai vendu un produit qui est aujourd’hui de la drogue » HHC

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Catégories : Actualité
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Importante source de revenus pour la filière française du CBD, les produits à base HHC, un dérivé semi-synthétique du cannabis, ont été classés comme stupéfiant lundi 12 juin 2023, avec une interdiction à la vente dès ce mardi. Des professionnels dénoncent une mesure plus politique que scientifique, guidée notamment par la prohibition du cannabis, combattue par certains.

La nouvelle a été brutale. Lundi 12 juin, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a classé comme stupéfiant le HHC, un dérivé semi-synthétique du cannabis, lundi 12 juin. Dès le lendemain, ce mardi, il est donc interdit à toutes les boutiques et sites Internet de vendre des produits à base de cette molécule (fleurs, huiles etc.). Un coup porté à la filière française de CBD (qui commercialise les produits à base de chanvre avec un taux de THC inférieur à 0,3 %) et à une partie de ses clients, qui s’étaient tournés vers cette nouvelle substance pour se détourner du cannabis illégal, notamment.

Un délai de moins de 24h

Bien que la filière était préparée à une telle annonce après que le ministre de la Santé, François Braun, a expliqué le mois dernier que le classement du HHC comme stupéfiant était l’affaire de « quelques semaines », certains regrettent le délai (très) court. Les plus offensifs y voient même une mesure idéologique et déconnectée des véritables enjeux économiques et sanitaires.

Cette interdiction marque en tout cas un nouvel épisode de la relation tumultueuse entre l’État français et la filière du CBD, déjà visible lors de la bataille judiciaire autour de la vente des feuilles et fleurs issues de chanvre en France, finalement autorisée par le Conseil d’État.

« C’est franchement brutal »

Preuve de l’engouement, de nombreuses boutiques de CBD ont été prises d’assaut en milieu d’après-midi, lundi, juste après l’annonce de l’Agence du médicament. Certains gérants ont même dû décaler l’heure de fermeture pour satisfaire un maximum de client, avant de tirer un trait sur toute une gamme de produits, pourtant très prisée. « Les articles ont été retirés de la boutique et désactivés sur le site. On va avoir une perte sur notre stock mais c’est le jeu », détaille le gérant.

La rapidité avec laquelle doit appliquer la décision fait également réagir. « Les clients qui sont venus hier sont donc en possession de stupéfiants aujourd’hui, c’est franchement brutal », s’étonne un autre commerçant. « C’est quand même une drôle d’époque, j’ai vendu hier un produit qui est considéré comme de la drogue aujourd’hui », en rigolerait presque le gérant.

Une surprise partagée par Yann Bisiou, maître de conférences à l’université Paul-Valéry-Montpellier-III et spécialiste des politiques publiques de la drogue : « Je ne dis pas qu’il ne faut pas encadrer et contrôler le HHC, mais une décision prise à 14 h 40, applicable à minuit, sans laisser le temps au consommateur et à la filière de retourner, témoigne d’un manque cruel de réflexion. »

« Il y a fort à parier qu’ils repartent sur leur ancienne consommation »

Parmi les arguments avancés par l’ANSM pour justifier sa décision, on trouve la similarité des structures chimiques du HHC et du THC, molécule déjà classée comme stupéfiant. Cette proximité se retrouve dans les effets à la consommation. Des fumeurs de cannabis voyaient même dans le HHC un moyen de « planer » légalement. L’interdiction signe donc la fin d’une alternative. « Il y a fort à parier que les gens vont repartir sur leur ancienne consommation », déplore le propriétaire, qui appréciait faire découvrir à des consommateurs de cannabis d’autres produits à base de CBD, comme les huiles.


La nouvelle a été brutale. Lundi 12 juin, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a classé comme stupéfiant le HHC, un dérivé semi-synthétique du cannabis, lundi 12 juin. Dès le lendemain, ce mardi, il est donc interdit à toutes les boutiques et sites Internet de vendre des produits à base de cette molécule (fleurs, huiles etc.). Un coup porté à la filière française de CBD (qui commercialise les produits à base de chanvre avec un taux de THC inférieur à 0,3 %) et à une partie de ses clients, qui s’étaient tournés vers cette nouvelle substance pour se détourner du cannabis illégal, notamment.

 Il y a certains usagers de HHC qui vont rebasculer vers des consommations de cannabis illégales », a confirmé Nicolas Authier, psychiatre, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand et spécialiste de l’usage médical du cannabis, auprès de FranceInfo .

« Une politique du fait divers »

Les produits à base de HHC ont été repérés en France depuis mai 2022, selon un rapport de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies. Mais la molécule a été découverte par un scientifique américain dès les années 1940. « Depuis, on ne l’a jamais classé comme stupéfiant ou psychotrope », pointe Yann Bisiou. Le juriste indique également que le rapport européen n’impute pas de risques graves et insiste plutôt sur le manque de données disponibles.

Selon Anne Batisse, responsable du centre d’Addictovigilance de Paris (AP-HP), le HHC est bien une drogue par sa capacité à « modifier la conscience et le comportement de l’utilisateur », au même titre que l’alcool ou le tabac. Mais le danger réside avant tout dans le manque d’informations des usagers, qui pouvaient « se ruer vers ce cannabis dit « légal » sans préconisation d’emploi, sans savoir que cette substance est accidentogène et sans qu’on en connaisse encore tous les risques ». Autre problème, aucune étude clinique n’existe, ce qui fait dire à l’addictologue qu’en « consommant du HHC, c’est vous le cobaye ! ».

« C’est une politique de fait divers. La presse s’affole, le ministre fait des annonces et l’ANSM interdit. Ce n’est pas comme ça qu’on construit une politique de santé publique », raille Yann Bisiou.

Les nouvelles molécules venues des États-Unis vont remplacer le HHC

L’interdiction du HHC serait également un coup d’épée dans l’eau alors que le marché est globalisé. « Aux États-Unis, il y a des acteurs industriels qui travaillent sur de nouvelles molécules en permanence et quand une est jugée utile, elle finit toujours par arriver en Europe », souligne Yann Bisiou.

Même son de cloche chez Alexandre Lacarré, fondateur de Phytocann, un des leaders européens sur le marché du CBD : « À partir d’aujourd’hui, il y a déjà le H4CBD, le PHC ou encore THCP pour ne citer qu’eux qui vont remplacer le HHC. Des dérivés du cannabis arrivent en permanence, cela n’a pas de sens d’en interdire un. »

Le jeune entrepreneur compte déposer un recours en justice contre l’avis de l’ANSM. D’autres devraient suivre.

Le « plus grand dealer d’Europe » – son surnom dans le milieu du CBD – milite pour la libéralisation du marché du chanvre, y compris du cannabis, qu’il souhaiterait voir légalisé de manière encadrée. « En France, on peut trouver du cannabis à tous les coins de rue et les Français sont les plus gros consommateurs au monde, il serait temps d’en tirer les conclusions qui s’imposent », plaide l’entrepreneur, qui s’est attaqué au marché français en lançant CBD. fr, une plateforme qui revendique une distribution dans un millier de bars tabac et l’ouverture d’une centaine de points de vente en cours.

Alors que l’Allemagne s’engage sur la voie de la légalisation du cannabis récréatif dès 2024, la France y reste hostile, à l’instar de son président de la République Emmanuel Macron. Et la filière du CBD risque d’en pâtir encore longtemps.

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